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France–Afrique : que cherche encore Paris sur le continent ? Il est temps de tourner la page de la tutelle

France–Afrique : que cherche encore Paris sur le continent ? Il est temps de tourner la page de la tutelle

SKY World News | Après des décennies de relations marquées par l’héritage colonial, les intérêts stratégiques et les rapports de force, l’Afrique n’accepte plus que son partenariat avec la France soit défini selon les règles du passé. Le temps des relations asymétriques est-il en train de prendre fin ?
 
Que veut réellement la France en Afrique ? La question mérite d’être posée sans détour, sans hostilité envers le peuple français, mais sans complaisance envers les politiques qui ont longtemps structuré les relations entre Paris et plusieurs pays africains.
 
Depuis les indépendances, la relation franco-africaine a traversé des périodes de coopération, de dépendance, de rivalité et de contestation. Si la France affirme vouloir construire un partenariat renouvelé, une partie croissante des opinions publiques africaines réclame désormais des preuves concrètes : davantage de souveraineté, une transparence accrue sur les accords économiques et militaires, ainsi qu’une véritable égalité dans les décisions.
Car l’indépendance politique ne suffit pas lorsque persistent des interrogations sur la maîtrise des ressources naturelles, les conditions des investissements étrangers, les accords de défense ou la capacité des États à définir librement leurs priorités économiques.
 
Le Sahel illustre cette rupture. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont exigé le départ des forces françaises après des années de présence militaire. Le Tchad a également mis fin à sa coopération militaire avec Paris, tandis que le Sénégal a récupéré les dernières installations militaires françaises à Dakar en juillet 2025. Ces décisions, différentes dans leurs circonstances, traduisent une même exigence politique : la présence étrangère ne peut plus être considérée comme acquise.
La France défend, de son côté, son engagement contre les groupes djihadistes et affirme vouloir adapter sa coopération aux demandes des États partenaires. Mais une question demeure : pourquoi une stratégie présentée comme nécessaire à la stabilité régionale n’a-t-elle pas réussi à convaincre durablement plusieurs sociétés africaines de sa légitimité ? La réponse ne peut se réduire à l’influence de puissances concurrentes ni aux campagnes de désinformation. Elle impose aussi d’examiner les erreurs diplomatiques, les attentes populaires et les limites de la politique française.
 
L’enjeu dépasse toutefois la présence militaire. L’Afrique représente un espace stratégique pour les matières premières, l’énergie, les marchés, les infrastructures et les alliances internationales. Selon la Direction générale du Trésor française, les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique subsaharienne ont atteint 24,1 milliards d’euros en 2024. Ces chiffres ne prouvent pas, à eux seuls, une exploitation du continent. Ils rappellent néanmoins que les relations économiques doivent être examinées à travers des données précises : qui investit, qui produit, qui transforme les ressources, qui capte la valeur ajoutée et quels bénéfices reviennent réellement aux populations ?
 
Aujourd’hui, la France n’est plus le seul partenaire possible. La Chine, la Turquie, l’Inde, la Russie, les pays du Golfe et d’autres acteurs proposent leurs propres accords et investissements. Cette diversification peut renforcer la marge de négociation des États africains. Mais remplacer une dépendance par une autre ne constituerait pas une véritable libération économique. La souveraineté exige des contrats transparents, des institutions solides, une transformation locale des ressources et des choix fondés sur l’intérêt public.
 
Paris affirme d’ailleurs vouloir renouveler sa relation avec le continent. Le sommet Africa Forward, organisé à Nairobi les 11 et 12 mai 2026 avec le Kenya, a notamment donné lieu à l’annonce de 23 milliards d’euros d’investissements. Ces engagements devront être évalués à l’aune de leur réalisation effective, de leurs conditions financières et de leurs retombées pour les économies africaines. Les déclarations diplomatiques ne remplacent ni les résultats ni la responsabilité.
 
Il faut également le dire clairement : l’Afrique ne forme pas un bloc homogène. Tous les pays ne souhaitent pas rompre avec la France, et toute coopération franco-africaine n’est pas nécessairement défavorable aux intérêts africains. Des partenariats mutuellement avantageux restent possibles, à condition que chaque État puisse en fixer les règles sans pression politique ni privilèges hérités de l’histoire.
 
Alors, faut-il demander à la France de plier bagage ? Là où sa présence militaire, politique ou économique n’est plus souhaitée, la décision souveraine des pays concernés doit être respectée. Là où une coopération est librement acceptée, elle doit être réciproque, contrôlable et révisable. Ce qui doit disparaître, ce n’est pas nécessairement toute relation avec la France, mais toute prétention à disposer d’un droit particulier sur le destin africain.
 
L’Afrique n’a pas vocation à rester le prolongement stratégique d’une ancienne puissance coloniale. Elle doit pouvoir choisir ses partenaires, protéger ses ressources, développer ses industries et négocier sans complexe. La France, si elle souhaite conserver une place sur le continent, devra accepter cette réalité : elle ne peut plus demander la confiance au nom du passé, ni invoquer l’histoire commune pour justifier des privilèges.
Il est temps de tourner la page de la tutelle. Si la France veut rester en Afrique, qu’elle y reste comme partenaire, jamais comme propriétaire. Et si un peuple ou un État lui demande de partir, son choix doit être respecté. L’avenir africain ne se négocie plus sans les Africains.

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