SKY WORLD NEWS | Des bébés africains auraient-ils droit à une recette différente de celle proposée aux bébés européens ?
La question n’est plus théorique.
Une enquête de Public Eye publiée en novembre 2025, après une première enquête en 2024, a fait analyser près d’une centaine de produits Cerelac commercialisés dans 20 pays africains. Plus de 90 % contenaient du sucre ajouté, avec une moyenne proche de 6 grammes par portion. Certains produits atteignaient 7,5 grammes de sucre ajouté par portion.
Le contraste est particulièrement frappant avec la Suisse, pays d’origine de Nestlé, où les produits comparables analysés étaient commercialisés sans sucre ajouté. Public Eye souligne également que des produits Cerelac sans sucre ajouté existent sur certains marchés occidentaux.
Nestlé conteste l'idée d'un « double standard ». L'entreprise affirme appliquer une approche cohérente de la nutrition et respecter les réglementations nationales, tout en indiquant avoir accéléré le lancement de variantes sans sucres ajoutés sur les marchés où elle est présente.
Mais une question essentielle demeure : qu'en est-il de la Tunisie ?
La Tunisie n'apparaît pas, dans l'enquête de Public Eye de 2025, parmi les 20 marchés africains dont les produits Cerelac ont été analysés en laboratoire. Il serait donc journalistiquement incorrect d'affirmer aujourd'hui que le Cerelac vendu en Tunisie contient davantage de sucre que celui vendu en France ou en Suisse.
En revanche, la Tunisie présente une particularité qui mérite d'être examinée.
En 2021, Nestlé a annoncé la vente de son activité Grain d'Or et de son usine au Groupe Kilani. Dans le même accord, Kilani a été chargé d'importer et de distribuer directement les produits Nestlé en Tunisie. Nestlé précisait toutefois que la propriété des marques internationales restait à Nestlé.
En 2022, le Groupe Kilani a créé NEROLIA à la suite de l'acquisition de l'activité de distribution de Nestlé en Tunisie. Le groupe présente NEROLIA comme spécialisée dans la distribution de produits alimentaires et opérant notamment dans la grande distribution, les grossistes, les épiceries et les supérettes.
Cela permet de faire une première distinction fondamentale :
Nestlé reste le propriétaire des marques et le responsable de ses produits ; NEROLIA/Kilani joue principalement un rôle d'importation et de distribution sur le marché tunisien.
Il serait donc abusif, sans preuve supplémentaire, d'attribuer au partenaire tunisien la responsabilité de la formulation ou de la quantité de sucre contenue dans un produit.
Mais cela ne signifie pas que le distributeur est hors sujet.
Au contraire.
L'enquête journalistique doit déterminer qui choisit la référence commercialisée en Tunisie, qui l'importe, qui la met sur le marché, dans quel pays elle est fabriquée et quelle réglementation nutritionnelle lui est appliquée.
C'est là que se trouve la véritable question.
LA QUESTION QUI MÉRITE D'ÊTRE POSÉE
Pourquoi un même produit destiné à un bébé de six mois peut-il avoir une composition différente selon le pays où il est vendu ?
Nestlé commercialise aujourd'hui dans la région MENA des produits Cerelac présentés comme « sans sucre ajouté ». Son site régional présente notamment un Cerelac multigrains sans sucres ajoutés pour les enfants de 6 à 12 mois.
Cela rend possible une comparaison très précise.
Il faut prendre :
un Cerelac vendu en Tunisie ;
le même produit vendu en France ou en Belgique ;
le même produit vendu en Suisse ;
un Cerelac vendu sur un marché africain étudié par Public Eye.
Puis comparer la liste des ingrédients, les glucides, les sucres, les sucres ajoutés lorsqu'ils sont indiqués, l'âge recommandé, le fabricant, le pays d'origine et le numéro de lot.
C'est seulement après cette comparaison qu'on pourra répondre à la question fondamentale :
La Tunisie bénéficie-t-elle des mêmes recettes que les marchés européens, ou appartient-elle au modèle de commercialisation observé dans certains marchés africains ?
LE RÔLE DE KILANI : CE QUE LES DOCUMENTS PERMETTENT DE DIRE
Les documents officiels de Nestlé sont très clairs : Kilani devait importer et distribuer directement les produits Nestlé en Tunisie. Les marques internationales restaient cependant la propriété de Nestlé.
Le Groupe Kilani indique de son côté que NEROLIA est issue de l'ancienne activité « Nestlé Tunisie Distribution » et qu'elle assure aujourd'hui la distribution de produits alimentaires.
Ce que nous savons donc :
Nestlé → propriétaire des marques et maître de ses gammes.
Kilani/NEROLIA → importation et distribution en Tunisie.
Ce que nous ne savons pas encore :
Qui détermine précisément la recette destinée au marché tunisien ?
Où sont fabriqués les Cerelac vendus en Tunisie ?
Existe-t-il des références spécialement destinées au marché tunisien ou nord-africain ?
Le taux de sucre est-il identique à celui du même produit vendu en Europe ?
Les références sans sucre ajouté disponibles sur le site MENA sont-elles effectivement commercialisées en Tunisie ?
Quelles références sont importées par NEROLIA ?
Et surtout : quelle est la teneur réelle en sucre des produits destinés aux bébés tunisiens ?
UNE AUTRE QUESTION : LE CONTRÔLE TUNISIEN
Le rôle des autorités tunisiennes mérite également d'être examiné.
L'OMS rappelle que les États doivent disposer de mécanismes permettant de contrôler la commercialisation des produits destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants. Son rapport mondial 2026 continue de considérer la commercialisation inappropriée de ces produits comme une question importante de santé publique.
La Tunisie dispose par ailleurs d'un cadre réglementaire concernant la commercialisation des substituts du lait maternel. Dans les données OMS/UNICEF disponibles, certaines dispositions du Code international sont intégrées dans le droit tunisien, tandis que d'autres ne le sont pas.
Cela ouvre une deuxième piste d'investigation :
La réglementation tunisienne protège-t-elle suffisamment les nourrissons contre la commercialisation de produits trop sucrés ?
LE TEST QUI POURRAIT TOUT CHANGER
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