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Les pneus : de la route à la mer, le voyage invisible d’une pollution

Les pneus : de la route à la mer, le voyage invisible d’une pollution

Sky world news | Sky planet | Nous les voyons chaque jour, mais nous ne les regardons presque jamais. Les pneus font partie du paysage ordinaire de nos villes, de nos routes et de nos autoroutes. Pourtant, à chaque kilomètre parcouru, ils abandonnent derrière eux une partie de leur matière. Une poussière noire, presque invisible, qui peut commencer son voyage sur l’asphalte avant de finir dans les cours d’eau et, parfois, dans la mer.
Le scénario est simple : pneu → route → pluie → égout → rivière → mer.
Lorsque le véhicule roule, le frottement entre le pneu et la chaussée produit des particules d’usure. Ces particules, appelées tire and road wear particles (TRWP), sont constituées de fragments de caoutchouc auxquels peuvent s'ajouter des particules minérales provenant de la chaussée et différents composés chimiques. Des travaux récents confirment que ces particules peuvent être transportées vers les sols et les milieux aquatiques par le ruissellement.
Puis vient la pluie.
Sur une route mouillée, l'eau récupère une partie de ces résidus déposés sur la chaussée. Elle les entraîne vers les avaloirs, les réseaux d'assainissement et les eaux de ruissellement. Lors des fortes précipitations, une partie des contaminants peut atteindre directement les rivières ou les zones côtières. Des recherches menées sur les réseaux d'eaux usées ont notamment détecté le 6PPD-quinone, un produit de transformation d'un additif utilisé dans les pneus, dans les eaux de débordement urbain.
Le problème ne se limite donc pas à une simple poussière.
Certains composants associés aux pneus peuvent présenter une toxicité importante pour les organismes aquatiques. L'Agence américaine de protection de l'environnement indique notamment que le 6PPD-quinone, transporté par les eaux de ruissellement provenant des routes, peut être extrêmement toxique pour certains poissons d'eau douce et a été associé à des épisodes de mortalité piscicole.
Et le phénomène ne s'arrête pas nécessairement au bord de la rivière.
Une fois entraînées dans les systèmes aquatiques, les particules peuvent être transportées, se déposer dans les sédiments ou entrer en contact avec des organismes. Une étude publiée en 2025 a d'ailleurs travaillé sur la détection et la caractérisation des particules d'usure des pneus dans des matrices biologiques, soulignant la nécessité de mieux comprendre leur devenir et leur exposition dans les écosystèmes.
C'est là que se trouve l'un des angles morts de la pollution automobile.
Pendant des années, le débat environnemental autour de la voiture s'est concentré principalement sur les gaz d'échappement : CO₂, oxydes d'azote et particules émises par le moteur. Mais même avec l'électrification progressive du parc automobile, les pneus continuent de frotter contre la route.
Une voiture électrique ne supprime donc pas l'usure des pneus.
Le problème devient alors celui d'une pollution difficile à voir, difficile à récupérer et continuellement produite par des millions de véhicules.
Chaque pluie peut devenir un mécanisme de transfert : ce qui était hier une poussière déposée sur une chaussée peut devenir demain un contaminant transporté par l'eau.
Et lorsque cette eau rejoint une rivière, un lac, une lagune ou la mer, la pollution change simplement de milieu.
La véritable question n'est donc plus seulement : combien de voitures circulent sur nos routes ?
Il faut aussi demander : combien de matière nos véhicules abandonnent-ils sur ces routes, où cette matière va-t-elle après la pluie, et combien finit dans nos écosystèmes ?
Le pneu usé ne disparaît pas.
Il quitte la route. Et son voyage ne fait peut-être que commencer.

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