Sky World News | La signature d’un nouvel accord entre l’Observatoire du Sahara et du Sahel et l’Agence française de développement, dans le cadre du programme Adapt’Action, relance le débat sur la capacité de la Tunisie à prendre en charge elle-même ses priorités stratégiques. Face à l’urgence climatique, une question s’impose : pourquoi le pays ne mobilise-t-il pas davantage ses propres ressources pour protéger ses terres, son eau et sa sécurité alimentaire ?
Une coopération qui interroge
La lutte contre le changement climatique constitue aujourd’hui un défi majeur pour la Tunisie. Sécheresse, stress hydrique, dégradation des sols et fragilisation des activités agricoles menacent directement les équilibres économiques et sociaux du pays.
Dans ce contexte, le nouvel accord conclu dans le cadre du programme Adapt’Action vise à renforcer la capacité des territoires ruraux à faire face aux conséquences du changement climatique. L’objectif est légitime. Mais au-delà des annonces officielles, cette initiative soulève une interrogation essentielle : quelle place la coopération étrangère doit-elle occuper dans la stratégie de développement de la Tunisie ?
La coopération internationale peut apporter des financements, une expertise technique et des outils précieux. Elle ne saurait toutefois remplacer une politique nationale ambitieuse, fondée sur des moyens propres, des priorités clairement définies et une responsabilité publique pleinement assumée.
La souveraineté ne se délègue pas
Protéger les terres agricoles, préserver les ressources hydriques et garantir la sécurité alimentaire ne relève pas simplement de la coopération au développement. Il s’agit de priorités fondamentales qui touchent à la souveraineté nationale.
La question n’est donc pas de rejeter systématiquement les partenariats avec la France ou avec d’autres pays. Elle est de savoir si ces accords contribuent réellement à renforcer l’autonomie de la Tunisie ou s’ils risquent de prolonger une dépendance financière et technique.
Un partenariat efficace devrait permettre aux institutions tunisiennes d’acquérir des compétences durables, de développer leurs propres solutions et de réduire progressivement leur besoin d’assistance extérieure. Sans transfert réel de savoir-faire, sans résultats mesurables et sans stratégie de financement à long terme, la coopération risque de rester une réponse ponctuelle à des difficultés structurelles.
Où sont les moyens nationaux ?
La Tunisie dispose de chercheurs, d’ingénieurs, d’universités, d’agriculteurs expérimentés et de compétences capables de contribuer à une politique climatique adaptée à ses réalités. Ces ressources humaines doivent être au centre de la réponse nationale.
Pourquoi ne pas renforcer davantage le financement de la recherche tunisienne ? Pourquoi ne pas investir prioritairement dans les technologies économes en eau, la restauration des sols, les cultures adaptées aux sécheresses et l’accompagnement des petits agriculteurs ?
Ces orientations nécessitent des choix budgétaires clairs, une coordination efficace entre les institutions et une volonté politique durable. Elles supposent également que les ressources publiques consacrées à la recherche, à l’agriculture et à la protection de l’environnement soient évaluées à l’aune de résultats concrets.
L’enjeu est de passer d’une logique de projets successifs à une véritable stratégie nationale d’adaptation climatique, dotée d’objectifs mesurables et de financements pérennes.
Des comptes à rendre aux citoyens
Tout accord de coopération portant sur des enjeux aussi sensibles devrait s’accompagner d’une information transparente sur ses objectifs, ses moyens et ses résultats.
Quels financements sont mobilisés ? Quelles régions et quelles populations en bénéficieront ? Quelle part du programme sera exécutée par les institutions tunisiennes ? Quelles compétences resteront acquises à son terme ? Et comment les résultats seront-ils évalués publiquement ?
Ces questions ne relèvent ni d’un rejet de la coopération ni d’une opposition de principe à la France. Elles constituent une exigence élémentaire de transparence et de responsabilité dans la gestion des politiques publiques.
Les citoyens, les agriculteurs et les communautés rurales sont en droit de savoir si les programmes annoncés se traduiront par des améliorations concrètes : un accès plus sûr à l’eau, des terres mieux protégées et une agriculture plus résiliente.
Coopérer sans renoncer à l’autonomie
La Tunisie ne peut pas affronter seule tous les effets d’un dérèglement climatique mondial, pas plus qu’elle ne doit se priver des connaissances et des financements disponibles à l’échelle internationale. Mais elle doit définir elle-même ses priorités et conserver la maîtrise de sa trajectoire de développement.
La coopération avec la France, comme avec tout autre partenaire, devrait être conçue comme un levier de renforcement des capacités nationales, et non comme un substitut permanent à l’investissement public et à la planification stratégique.
Le véritable succès d’un programme ne se mesure pas au nombre d’accords signés ni aux déclarations qui les accompagnent. Il se mesure aux résultats obtenus sur le terrain, à l’amélioration des conditions de vie des populations et à la capacité du pays à poursuivre les actions engagées sans dépendre indéfiniment de financements extérieurs.
L’urgence d’un choix stratégique
Le changement climatique n’attendra pas. Les ressources en eau se raréfient, les terres agricoles doivent être protégées et les populations rurales ont besoin de réponses durables.
La Tunisie doit donc faire de l’adaptation climatique une priorité nationale, avec des moyens financiers identifiés, une gouvernance transparente et une mobilisation accrue de ses compétences locales.
Jusqu’à quand le pays continuera-t-il à chercher à l’extérieur une partie des moyens nécessaires pour protéger son propre avenir ?
Il ne s’agit pas de fermer les portes à la coopération internationale, mais de lui donner un objectif clair : rendre la Tunisie plus forte, plus compétente et plus autonome.
Car la souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit par l’investissement, la recherche, la responsabilité et la volonté de prendre en main son destin.
La terre tunisienne, l’eau tunisienne et la sécurité alimentaire des Tunisiens doivent rester au cœur d’une stratégie pensée, financée et pilotée dans l’intérêt national.
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